Dans la vie, il y a des hommes et des femmes qui ont l’humanité chevillée au corps, d’autres qui laissent leurs traces indélébiles dans les coeurs et les cités, d’autres encore au destin improbable ou à la créativité infatigable. Des hommes et des femmes qui, avec une heureuse obstination, façonnent l’histoire des cités. Pierre Garcie Ferrande, Marie de Beaucaire, Narcisse Pelletier, Marina Tsvetaïeva, Benjamin Bénéteau ou Henry Simon sont de ceux-là pour le Pays de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Ils sont devenus des sentinelles de son histoire collective.

  • Pierre Garcie Ferrande, Père de la cartographie marine

Pierre Garcie Ferrande est né vers 1430 d’un père espagnol et d’une mère girase (native de Saint-Gilles). Si son père fait du cabotage, Pierre Garcie va oser aller beaucoup plus loin, remonter la côte jusqu’à la mer du Nord pour le commerce du sel et du blé. Marin expérimenté, Pierre Garcie est un humaniste, soucieux d’avertir les navigateurs des dangers de la mer. C’est ainsi qu’il va décrire très précisément les routes maritimes, les abris et les écueils à éviter. Son oeuvre « Le Grand Routier de la mer » remporte un vif succès. Elle préfigure avec plusieurs siècles d’avance les actuelles instructions nautiques. Un privilège royal est d’ailleurs accordé par François Ier pour sa première édition. Le monarque qualifiera son sujet comme «l’un des maistres de navires les plus experimentez qui sont aujourd’hui et le plus cognaissant en navigage».

  • Marie de Beaucaire, la Bâtisseuse

On ne sait pas grand chose de Marie de Beaucaire (1535-1613), pas même si elle est venue à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Dame d’honneur de la reine Marie Stuart, elle épouse en secondes noces Sébastien de Luxembourg. Par ce mariage, elle devient Duchesse de Penthièvre et Dame de Rié. C’est à ce dernier titre qu’elle va s’intéresser à l’essor de la cité de Saint-Hilaire-de-Riez et faciliter la naissance de Croix-de-Vie par la création de son port de pêche. Une fois les travaux réalisés, le port connaît un fort développement, notamment avec le commerce du sel, du vin et de la farine. Dans le carnet de sa descendance, on compte l’actrice américaine Brooke Shields. Aujourd’hui une très agréable promenade pédestre et cycliste porte son nom et offre une très belle vue sur Port la Vie.

  • Le fabuleux destin de Narcisse Pelletier

Narcisse Pelletier, fils d’un sabotier de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, est encore un adolescent en 1856 quand il descend au port des Sables d’Olonne, baluchon sur le dos. Il embarque sur le « Saint Paul », passe le cap de Bonne Espérance, remonte vers les Indes, change de bateau, arrive en Chine, rechange de bateau et s’échoue avec l’équipage sur un récif de corail à proximité de l’Ile Rossel, au sud de la Papouasie Nouvelle Guinée. Le jeune homme est alors sauvé par une tribu aborigène. Il vivra 17 ans parmi eux et en adoptera les us et coutumes. En 1875, un bateau anglais le « John Bell » qui mouille dans les parages, repère et enlève contre son gré « le sauvage blanc ». Narcisse Pelletier rentre au pays, ovationné par la population, le corps couvert de scarifications. On fait venir l’évêque, il retrouve ses parents qui le croyaient mort. Il se marie en 1880 avec une enfant du pays et deviendra gardien du phare de l’Aiguillon dans l’estuaire de la Loire. Si l’histoire de Narcisse Pelletier reste peu connue en France, elle est considérée comme l’une des plus belles histoires du destin maritime en Australie. En 2012, elle inspira le romancier François Garde dans « Ce qu’il advint du sauvage blanc », paru aux éditions Gallimard et couronné du prix Goncourt du premier roman et du grand prix Jean-Giono.

  • Marina Tsvetaïeva, l'Arthur Rimbaud russe

Sur la rive gauche de la Vie, une jeune femme est assise sur un banc, une rose à la main et quelques livres disposés à côté d’elle. Il s’agit de Marina Tsvetaïeva, immortalisée par le sculpteur russe Zourab Tsereteli en souvenir de l’exil de la poétesse russe à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. En 1926, Marina Tsvetaïeva y séjourne plusieurs mois. Importante figure de la littérature russe, l’écrivain fuit la Russie des Bolcheviks. Sa poésie est une perpétuelle révolution, faite de souffrance, de tensions, de désespoir… Marina Tsvetaïeva est sensible à la révolution française et aux guerres de Vendée. Son univers sombre rappelle le romantisme rebelle d’Arthur Rimbaud. Cette « Danseuse de l’âme », ainsi qu’elle se nommait, se suicide deux ans après son retour dans son pays natal en 1939. En 1993, l’un de ses concitoyens, Alexandre Soljenitsyne, de passage en Vendée, inaugure sa stèle sur le chemin des Dunes où elle aimait se promener.

  • Benjamin Bénéteau

Sur les trois générations Bénéteau, s’il y a un prénom qu’il faut retenir, c’est immanquablement celui de Benjamin, à l’origine de la dynastie. Issu d’une famille pauvre, Benjamin est adopté par deux de ses oncles, François et Napoléon Houyère. Comme la plupart des jeunes de son âge, Benjamin visse sa coiffe de mousse mais souffre vite du mal de mer. Il devra son salut à son service militaire à la Corderie Royale de Rochefort où il découvre son intérêt et son don pour le dessin de marine. Après quelques traversées en mer, il rentre au pays et crée son premier chantier avec la ferme intention de faire évoluer la pêche à voile vers la pêche à moteur. Son premier bateau à moteur, Le vainqueur des jaloux, est accueilli par les jets de pierre des femmes de marins. Pour adoucir les mœurs, mais toujours un rien provocateur, il baptise son deuxième bateau Le Père Peinard ! A sa mort en 1928, son fils André reprendra son chantier. Sa petite-fille Annette ouvre les chantiers à la plaisance. Le groupe Bénéteau deviendra en quelques décennies le premier employeur de Vendée et fait course en tête sur l’échiquier mondial de la construction nautique.

  • Henry Simon, la puissance d'un Matisse

Artiste-peintre, céramiste et décorateur, Henry Simon (1910-1987) ne s’est jamais lassé de peindre son pays natal, le littoral vendéen, le marais breton, les marins, l’eau, les déjeuners sur l’herbe, les scènes régionales, sa foi… célébrés par une vision picturale influencée par le fauvisme et caractérisée par des aplats de couleurs pures et contrastés. Après des études de dessin à Nantes puis aux Beaux-arts de Paris, la peinture d’Henry Simon va suivre sa vie. Pendant la deuxième guerre mondiale, il connaît la déportation en Allemagne où on lui laisse néanmoins la possibilité de s’exprimer en tant qu’artiste. Il peint la faim, la détresse, l’épreuve. A son retour, il se convertit au catholicisme et trouve dans les vitraux un support de créativité pour exprimer sa foi. En 1950, sa palette va s’illuminer suite à son mariage avec sa fiancée, Monique Porteau, de 20 ans sa cadette. Ensemble ils partiront pour l’Algérie où il produit une étonnante série de gouaches aux couleurs vives. Henry Simon laisse à la postérité une oeuvre féconde traitée au fusain, au pastel, à l’aquarelle, à la gouache ou à l’huile et de nombreuses décorations d’édifices publics et religieux. Sa fille Anne ouvre aujourd’hui son atelier d’artiste au public, une bourrine entièrement restaurée qu’Henry Simon baptisa Les Rimajures, un dérivé du mot ramages en patois.